LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE XXIX. A SON LICT.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 51 sur 185·Livre complet →
Lict, que le fer industrieux
D’un artizan laborieux
A façonné, presque d’un egal tour
Dont ce grand monde est enclos à l’entour :
Où celle qui m’a mis le mors
De ses beaux doigts foiblement fors,
Entre mes bras se repose à sejour,
Et chaque nuict embellist de son jour.
Qui vit jamais Mars et Venus
En un tableau portraits tous nus,
Des doux amours la mere estroitement
Embrasse Mars, qui laisse lentement
Sa lance tomber à costé
D’un si plaisant venin donté,
Et la baisant presse l’yvoire blanc
Bouche sur bouche, et le flanc sur le flanc.
Celuy qui les a veu portraits,
Peut sur nous contempler les traits
De leurs plaisirs, quand le souci
Amoureux nous enlasse ainsi.
Hà ! que grand tort te font les Dieux
Qui ne te logent en leurs cieux !
Tu reluirois d’un plus illustre cours
Que leurs corbeaux, leurs asnes et leurs ours.