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LE QUATRIESME LIVRE DES ODES

ODE V. AU FLEUVE DU LOIR.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 101 sur 185·Livre complet →

Loir, dont le beau cours distille

Au sein d’un pays si fertile,

Fay bruire mon renom

D’un grand son en tes rives,

Qui se doivent voir vives

Par l’honneur de mon nom.

Ainsi Thetis te puisse aimer

Plus que nul qui entre en la mer.

Si Calliope m’est prospere,

Fameux comme Amphryse, j’espere

Te faire un jour nombrer

Aux rangs des eaux qu’on prise,

Et que la Grece apprise

A daigné celebrer :

Pour estre le fleuve eternel

Qui baignes mon nic paternel.

Sus donq à haute voix resonne

Le bruit que ma Muse te donne :

Tu voirras desormais

Par moy, ton onde fiere

S’enfler par ta riviere

Qui ne mourra jamais :

» Le renom qui des Muses vient,

» Ferme contre l’âge se tient.

Loir, de qui la bonté ne cede

Au Nil qui l’Egypte possede,

Pour le loyer d’avoir

(Eternizant ta gloire

De durable memoire)

Fait si bien mon devoir :

Quand j’auray mon âge accomply

Ensevely d’un long oubly,

Si quelque pelerin arrive

Aupres de ta parlante rive,

Dy luy à haute vois

Que ma Muse premiere

Apporta la lumiere

De Grece en Vandomois,

Dy luy ma race et mes ayeux,

Et le sçavoir que j’eu des cieux.

Dy leur, que moy d’affaire vuide,

Ayant tes filles pour ma guide,

A tes bords j’encorday

Sur la lyre ces Odes,

Et aux Françoises modes

Premier les accorday :

Et tousjours rechante ces vers

Qu’à ton bord je sonne à l’envers.