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LE TROISIEME LIVRE DES ODES

ODE XVIII. DE LA CONVALESCENCE DE JOACHIM DU BELLAY 1550.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 80 sur 185·Livre complet →

Mon ame, il est temps que tu rendes

Aux bons Dieux les justes offrandes

Dont tu as obligé tes vœux :

Sus, qu’on dresse un autel de terre,

Avec toy payer je le veux,

Et qu’on le pare de lhyerre

Et de vervéne aux saints cheveux.

Les Dieux n’ont remis en arriere

L’humble souspir de ma priere,

Et Pluton qui n’avoit appris

Se flechir pour dueil qu’homme meine,

N’a pas mis le mien à mespris,

Rappelant la Parque inhumaine

Qui ja du Bellay tenoit pris.

Mortes sont les fiévres cruelles

Qui rongeoient ses cheres mouëlles :

Son œil est maintenant pareil

Aux fleurs que trop les pluyes baignent

Envieuses de leur vermeil,

Qui plus gaillardes se repeignent

Aux rayons du nouveau Soleil.

Sus Mégret, qu’on chante, qu’on sonne

Cest heur que la santé luy donne,

Qu’on chasse ennuis, soucis et pleurs,

Qu’on seme la place de roses,

D’œillets, de liz, de toutes fleurs

En ce beau mois de Juin décloses,

Où le ciel mire ses couleurs :

Lequel s’esgaye et se recrée

De te voir sain, et luy agrée

Le jour que tu fais dessous luy :

Son cours qui sembloit apparoistre

Malade comme toy d’ennuy,

Tous deux sains, avez fait cognoistre

Voz belles clartez aujourd’huy.

» Mais quoy ? si faut-il bien qu’on meure :

» Rien çà bas ferme ne demeure :

» Le Roy François vit bien la nuict.

Donc tandis qu’on ne te menace,

Et la mort boiteuse te suit,

Il faut que ta docte main face

Un œuvre digne de ton bruit.