LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE VIII. DU JOUR NATAL DE SA DAME. A Ioland Chantre.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 104 sur 185·Livre complet →
Chanson, voicy le jour
Où la beauté qui la terre decore,
Et que mon œil peu sagement adore,
Vint en ce beau sejour.
Le Ciel d’amour atteint,
Ardant de voir tant de beautez l’admire,
Et se courbant dessus sa face, mire
Tout l’honneur de son teint.
Les celestes flambeaux,
Grandeur, Vertu, les Amours et la Grace,
A qui mieux-mieux embellirent sa face
De leurs dons les plus beaux :
Afin que par ses yeux
Tout l’imparfait de ma jeunesse folle
Fust corrigé, et qu’elle fust l’idole
Pour me guider au mieux.
Heureux jour retourné,
Mesme là bas j’auray de toy memoire,
Et vif et mort je chanteray la gloire
De l’honneur en toy né.
Despan de ce crochet
Ma lyre oisive, à fin que je l’encorde :
Donne ton livre, Ioland, que j’accorde
Ce jour sous mon archet.
Seme par la maison
Tout le tresor des prez et de la plaine,
Le liz, la rose, et cela dont est pleine
La nouvelle saison :
Puis crie au temple aussi,
Que le Soleil ne vit oncques journée,
Qui fust de gloire et d’honneur tant ornée
Comme il voit ceste-ci.