LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE VII. VOEU A LUCINE.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 103 sur 185·Livre complet →
O Déesse puissante
De pouvoir secourir
La vierge languissante
Qui est preste à mourir,
Quand la douleur amere
D’un enfant la rend mere :
Si douce et secourable
Heureusement tu veux
D’oreille favorable
Ouyr mes humbles vœux,
J’esleveray d’yvoire
Une image à ta gloire :
Et moy la teste ornée
De beaux liz fleurissans,
Iray trois fois l’année
La parfumer d’encens,
Accordant sur ma lyre
L’honneur de ton Osire.
Descen Déesse humaine
Du ciel, et te hastant
La santé douce ameine
A celle qui l’attend,
Et d’une main maistresse
Repousse sa destresse.
Ainsi tousjours t’honore
Le Nil impetueux,
Qui Neptune colore
Par sept huis fluctueux :
Ainsi tousjours ta pompe
Danse au bruit de la trompe.
Toy Déesse Lucine
Requise par trois fois
De la vierge en gesine
Tu exauces la vois,
Et deserres la porte
Au doux fruit qu’elle porte.
Tu as de la Nature
La clef dedans tes mains,
Tu donnes l’ouverture
De la vie aux humains,
Et des siecles avares
Les fautes tu repares.