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LE QUATRIESME LIVRE DES ODES

ODE II. EPITHALAME d’Anthoine de Bourbon, et de Janne Royne de Navarre.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 98 sur 185·Livre complet →

Quand Anthoine espousa

Janne, divine race,

Que le ciel compousa

Plus belle qu’une Grace,

Les Princesses de France

Ceintes de Lauriers vers

Toutes d’une cadance

Luy chanterent ces vers :

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Prince plein de bon-heur,

L’arrest du ciel commande

Qu’on te donne l’honneur

De nostre belle bande :

D’autant qu’une Déesse

La passe en majesté,

D’autant elle Princesse

Nous surpasse en beauté.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Plus qu’à nulle autre aussi

Parfaite est son attente,

Joincte à ce Prince ici

Qui nostre âge contente.

Comme l’anneau decore

Le diamant de chois,

Ainsi sa gloire honore

Les Princes et les Rois.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Il n’eust pas mieux trouvé

Que toy, vierge excellante,

Voire eust-il esprouvé

La course d’Atalante,

Ne la Grecque amoureuse

N’eust pas voulu changer

Telle alliance heureuse

Au Pasteur estranger.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Le ciel fera beaucoup

Pour tout le monde ensemble,

Si tu conçois un coup

Un fils qui te resemble,

Où l’honneur de ta face

Soit peint, et de tes yeux,

Et ta celeste grace

Qui tenteroit les Dieux.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Cessez flambeaux là haut

Voz clartez coustumieres,

Ce soir, mais ce jour, vaut

Cinq cens de voz lumieres :

Les saints Amours qui dardent

Icy leur feu qui luit,

Plus que les Astres ardent

L’espesseur de la nuit.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Maint soir jadis fut bien

Du lict des Dieux coulpable,

Mais nul d’un si grand bien

Ne fut onques capable :

Et si tu peux bien croire,

Heureux Soir, desormais

Que tu seras la gloire

Des soirs pour tout jamais.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Nymphes, de voz couleurs

Ornez leur couche sainte,

Des plus gentilles fleurs

Dont la terre soit peinte :

Que menu lon y jette

Cest excellent butin

Que le marchant achette

Bien loin sous le Matin.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Et vous divin troupeau,

Qui les eaux de Pegase

Tenez, et le coupeau

Du chevelu Parnase,

Venez divine race,

Offrir voz Lauriers vers,

Et prenant nostre place

Chantez voz meilleurs vers.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Le doux soin qui nous tient,

Nous guide par les plaines

Que le Loir entretient

De verdeur tousjours pleines :

Là, nous ne verrons prée

Sans leur faire un autel,

N’eau qui ne soit sacrée

A leur nom immortel.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Consommez peu à peu

Voz nopces ordonnées,

Sans esteindre le feu

De voz amours bien-nées :

La chaste Cyprienne

Ayant son demy-ceint,

Avec les Graces vienne

Compagne à l’œuvre saint.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Afin que le nœud blanc

De foy loyale assemble

De Navarre le sang

Et de Bourbon ensemble,

Plus estroit que ne serre

La vigne les ormeaux,

Ou l’importun lhyerre

Les appuyans rameaux.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

Adieu Prince, adieu Soir,

Adieu pucelle encore,

Nous vous reviendrons voir

Demain avec l’Aurore,

Pour prier Hymenée

De vouloir prendre à gré

Nostre chanson sonnée

Sur vostre lict sacré.

O Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.