LE CINQUIESME LIVRE DES ODES
ODE XII.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 152 sur 185·Livre complet →
Sur toute fleurette déclose
J’aime la senteur de la Rose,
Et l’odeur de la belle fleur,
Qui de sa premiere couleur
Pare la terre, qui commence
De s’engrosser en sa semence.
Les autres boutons vermeillets,
La giroflée, et les œillets,
Et le bel esmail qui varie
L’honneur gemmé d’une prairie
En mille lustres s’esclatant,
Ensemble ne me plaisent tant
Que fait la Rose pourperette,
Et de Mars la blanche fleurette.
Que puis-je pour le passetemps
Que vous me donnez au Printemps,
Prier pour vous deux autre chose ?
Sinon que toy pourprine Rose
Puisses tousjours avoir le sien
En May, de rosée tout plein,
Et que jamais le chaut qui dure
En Juin, ne te face laidure :
Ny à toy fleurette de Mars,
Jamais l’hyver, lors que tu pars
Hors de la terre, ne te face
Pancher morte dessus la place :
Ains tousjours maugré sa froideur
Puisses-tu de ta soefve odeur
Nous annoncer que l’an se vire
Plus doux vers nous, et que Zephire
Apres le tour du fascheux temps
Nous ramene le beau Printemps.