LE CINQUIESME LIVRE DES ODES
ODE XV.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 155 sur 185·Livre complet →
Boy, Ianin, à moy tour-à-tour,
Et ne resembles au vautour
Qui tousjours tire la charongne.
» Tu es trompé : un bon yvrongne
» Autant pour une nopce vaut
» Qu’un bon guerrier pour un assaut.
Car ce n’est moins entre les pots
D’enhardir par vineux propos
Un homme paresseux à boire,
Que pour gaigner une victoire,
Rendre à la bataille hardy
Un Capitaine acouhardy.
Boy donq, ne fay plus du songeard,
Au vin gist la plus grande part
Du jeu, d’amour, et de la danse.
» L’homme sot qui lave sa panse
» D’autre breuvage que du vin,
» Meurt tousjours de mauvaise fin.
A bon droit le ciel a donné
A l’homme qui n’est aviné,
Tousjours quelque fortune dure :
Autrement la mordante cure,
Qui nous cuit l’ame à petit feu,
Ne s’en-va qu’apres avoir beu,
Apres le vin on n’a souci
D’amour ny de la Court aussi,
Ny de procez ny de la guerre.
Hé, que celuy laschement erre
Qui faisant ainsi que Penthé,
Bacchus en ses vers n’a chanté !
Boy donques à moy tour-à-tour,
Et ne resembles au vautour
Qui tousjours tire la charongne :
Il vaut mieux voir en peau d’yvrongne
Là bas l’infernal passager,
Que de crever de trop manger.