LE CINQUIESME LIVRE DES ODES
ODE XXII.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 161 sur 185·Livre complet →
Si tost que tu sens arriver
La froide saison de l’hyver,
En Septembre, cher Arondelle,
Tu t’en-voles bien loin de nous,
Puis tu reviens quand le temps dous
Au mois d’Avril se renouvelle.
Mais Amour en nulle saison
Ne s’en-vole de ma maison,
Et tousjours chez moy je le trouve :
Il est toujours de moy veinqueur,
Et fait son nic dedans mon cœur,
Et y pond ses œufs et les couve.
L’un a des ailerons au flanc,
L’autre de duvet est tout blanc,
Et l’autre dans le nic s’essore :
L’un de la coque à demy sort,
Et l’autre en a rompu le bort,
Et l’autre est dedans l’œuf encore.
J’entens, soit de jour soit de nuit,
De ces petits Amours le bruit,
Béans pour avoir la béchée,
Qui sont nourris par les plus grans,
Et grands devenus, tous les ans
Font une nouvelle nichée.
Quel remede auroy-je, Brinon,
Encontre tant d’Amours, sinon
(Puis que d’eux je me desespere)
Pour soudain guarir ma langueur,
D’une dague m’ouvrant le cœur,
Tuer les petits et la mere ?