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LE CINQUIESME LIVRE DES ODES

ODE XXIX.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 168 sur 185·Livre complet →

Quand au temple nous serons

Agenouillez, nous ferons

Les devots, selon la guise

De ceux qui pour louër Dieu

Humbles, se courbent au lieu

Le plus secret de l’Eglise.

Mais quand au lict nous serons

Entrelassez, nous ferons

Les lascifs, selon les guises

Des Amans, qui librement

Pratiquent folastrement

Dans les draps cent mignardises.

Pourquoy donque quand je veux

Ou mordre tes beaux cheveux,

Ou baiser ta bouche aimée,

Ou toucher à ton beau sein,

Contrefais-tu la nonnain

Dedans un cloistre enfermée ?

Pour qui gardes-tu tes yeux

Et ton sein delicieux,

Ta jouë, et ta bouche belle ?

En veux-tu baiser Pluton

Là bas, apres que Charon

T’aura mise en sa nacelle ?

Apres ton dernier trespas

Gresle, tu n’auras là bas

Qu’une bouchette blesmie :

Et quand mort, je te verrois

Aux Ombres, je n’avou’rois

Que jadis tu fus m’amie.

Ton test n’aura plus de peau,

Ny ton visage si beau

N’aura veines ny arteres :

Tu n’auras plus que les dents

Telles qu’on les voit dedans

Les testes des cimeteres.

Donque tandis que tu vis,

Change, Maistresse, d’avis,

Et ne m’espargne ta bouche :

Incontinent tu mourras,

Lors tu te repentiras

De m’avoir esté farouche.

Ah, je meurs ! ah, baise moy !

Ah, Maistresse approche toy !

Tu fuis comme un Fan qui tremble :

Au-moins souffre que ma main

S’esbate un peu dans ton sein,

Ou plus bas, si bon te semble.