LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE XI.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 107 sur 185·Livre complet →
Mais que me vaut d’entretenir
Si cherement un souvenir
Qui hoste de mon cœur le ronge,
Et tousjours me fait devenir
Resveur comme un homme qui songe !
Ce n’est pas moy, c’est toy mon cœur,
Qui pour allonger ma langueur,
Desloyal envers moy te portes,
Et pour faire un penser veinqueur,
De nuict tu luy ouvres mes portes.
Tu ne te sçaurois excuser
Que tu ne viennes m’abuser,
Et qu’à tort ne me sois contraire,
Qui veux mon party refuser
Pour soustenir mon adversaire.
Mais en qui me doy-je fier !
Quand chetif je me voy lier
De mes gens qui me viennent prendre,
Pour estre fait le prisonnier
De ceux qui me devroient defendre !
Ce penser n’eust logé chez moy
S’il n’eust eu trafique avec toy.
Sors, cœur, de ta place ancienne :
Puis que tu m’as rompu ta foy,
Je te veux rompre aussi la mienne.
Sors donq, si tu ne veux perir
De telle mort qu’on fait mourir
Le soudart, qui rompt sa foy vaine
Pour aller, traistre, secourir
L’ennemy de son Capitaine.