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LE QUATRIESME LIVRE DES ODES

ODE X. VOEU AU SOMME.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 106 sur 185·Livre complet →

Somme, le repos du monde,

Si d’un pavot plein de l’onde

Du grand fleuve oblivieux

Tu veux arrouser mes yeux,

Tellement que je reçoive

Ton doux present, qui deçoive

Le long sejour de la nuit,

Qui trop lente pour moy fuit :

Je te vouë une peinture,

Où l’effect de ta nature

Sera portrait à l’entour,

S’entre-suivans d’un long tour

Tous les songes et les formes

Où la nuict tu te transformes

Pour noz esprits contenter,

Ou pour les espouvanter.

A grand tort Homere nomme

Frere de la Mort, le Somme

Qui charme tous noz ennuis

Et la paresse des nuis,

Voire que Nature estime

Comme son fils legitime.

Le soin qui les Rois espoint

L’esprit ne me ronge point :

Toutefois la tarde Aurore

Me voit au matin encore

Parmy le lict travailler,

Et depuis le soir veiller.

Vien donque Somme, et distile

En mes yeux ton onde utile,

Et tu auras en pur don

Un beau tableau pour guerdon.