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LE QUATRIESME LIVRE DES ODES

ODE XII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 108 sur 185·Livre complet →

Quand je suis vingt ou trente mois

Sans retourner en Vandomois,

Plein de pensées vagabondes,

Plein d’un remors et d’un souci,

Aux rochers je me plains ainsi,

Aux bois, aux antres, et aux ondes.

Rochers, bien que soyez âgez

De trois mil ans, vous ne changez

Jamais ny d’estat ny de forme :

Mais tousjours ma jeunesse fuit,

Et la vieillesse qui me suit,

De jeune en vieillard me transforme.

Bois, bien que perdiez tous les ans

En l’hyver voz cheveux plaisans,

L’an d’apres qui se renouvelle,

Renouvelle aussi vostre chef :

Mais le mien ne peut derechef

R’avoir sa perruque nouvelle.

Antres, je me suis veu chez vous

Avoir jadis verds les genous,

Le corps habile, et la main bonne :

Mais ores j’ay le corps plus dur,

Et les genous, que n’est le mur

Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promenez,

Et vous menez et ramenez

Voz flots d’un cours qui ne sejourne :

Et moy sans faire long sejour

Je m’en vais de nuict et de jour,

Mais comme vous, je ne retourne.

Si est-ce que je ne voudrois

Avoir esté rocher ou bois,

Pour avoir la peau plus espesse,

Et veincre le temps emplumé :

Car ainsi dur je n’eusse aimé

Toy qui m’as fait vieillir, Maistresse.