LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE XIX.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 114 sur 185·Livre complet →
Le petit enfant Amour
Cueilloit des fleurs à l’entour
D’une ruche, où les avettes
Font leurs petites logettes.
Comme il les alloit cueillant,
Une avette sommeillant
Dans le fond d’une fleurette,
Luy piqua la main douillette.
Si tost que piqué se vit,
Ah ! je suis perdu (ce dit)
Et s’en-courant vers sa mere
Luy monstra sa playe amere.
Ma mere voyez ma main,
Ce disoit Amour tout plein
De pleurs, voyez quelle enflure
M’a fait une esgratignure.
Alors Venus se sou-rit,
Et en le baisant, le prit,
Puis sa main luy a souflée
Pour guarir sa playe enflée.
Qui t’a, dy moy, faux garçon
Blessé de telle façon ?
Sont-ce mes Graces riantes
De leurs aiguilles poignantes ?
Nenny, c’est un serpenteau,
Qui vole au Printemps nouveau
Avecque deux ailerettes
Çà et là sus les fleurettes.
Ah ! vrayment je le cognois
(Dit Venus) les villageois
De la montagne d’Hymette
Le surnomment Melisette.
Si donques un animal
Si petit fait tant de mal,
Quand son halesne espoinçonne
La main de quelque personne,
Combien fais-tu de douleur
Au pris de luy, dans le cœur
De celuy en qui tu jettes
Tes amoureuses sagettes ?