LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE XVII.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 113 sur 185·Livre complet →
Pourquoy chetif laboureur
Trembles-tu d’un Empereur,
Qui doit bien tost, legere ombre,
Des morts accroistre le nombre ?
» Ne sçais-tu qu’à tout chaqu’un
» Le port d’Enfer est commun,
» Et qu’une ame Imperiale
» Aussi tost là bas devale
» Dans le bateau de Charon,
» Que l’ame d’un bucheron ?
Courage, coupeur de terre !
Ces grands foudres de la guerre
Non plus que toy n’iront pas
Armez d’un plastron là bas,
Comme ils alloient aux batailles :
Autant leur vaudront leurs mailles,
Leurs lances, et leur estoc,
Comme à toy vaudra ton soc.
Le bon juge Rhadamante
Asseuré, ne s’espouvante
Non plus de voir un harnois
Là bas, qu’un levier de bois,
Ou voir une souquenie
Qu’une robbe bien garnie,
Ou qu’un riche acoustrement
D’un Roy mort pompeusement.