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LE QUATRIESME LIVRE DES ODES

ODE XLIIII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 138 sur 185·Livre complet →

Belleau, s’il est permis aux hommes d’inventer

Cela que les plus vieux n’ont pas osé chanter,

Je dirois volontiers que l’Amour n’a point d’ailes.

Helas ! s’il en avoit, s’esbranlant dessus elles

De mon cœur quelquefois se pourroit absenter.

Il n’a point d’arc aussi, et le feint-on ruer

Des fleches à grand tort : il a voulu muer

Son arc en harquebuze, on le sent à l’espreuve :

Car pour le coup d’un trait si grand feu ne se treuve

Autour du cœur blessé, qu’il le puisse tuer.

Donques, ou je me trompe, ou l’Amour n’est archer,

Il est harquebuzier : et qui voudra chercher

Comme il tire, aille veoir les beaux yeux de Cassandre :

Tout soudain de cent pas il luy fera comprendre

Si d’un plomb ou d’un trait les cœurs il vient toucher.

Il fait de ses beaux yeux son plombet enflamé,

Sa poudre de sa grace, et en ce poinct armé

Se jette à la campagne à l’entour de sa bouche :

Dans ses cheveux frisez il dresse l’escarmouche,

Et du sein d’elle il fait son rampart enfermé.