LE QUATRIESME LIVRE DES ODES
ODE XVI.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 112 sur 185·Livre complet →
Ma douce jouvance est passée,
Ma premiere force est cassée,
J’ay la dent noire, et le chef blanc,
Mes nerfs sont dissous, et mes veines,
Tant j’ay le corps froid, ne sont pleines
Que d’une eau rousse en lieu de sang.
Adieu ma lyre, adieu fillettes
Jadis mes douces amourettes,
Adieu, je sens venir ma fin :
Nul passetemps de ma jeunesse
Ne m’accompagne en la vieillesse,
Que le feu, le lict, et le vin.
J’ay la teste toute eslourdie
De trop d’ans, et de maladie,
De tous costez le soin me mord :
Et soit que j’aille ou que je tarde,
Tousjours apres moy je regarde
Si je verray venir la Mort :
Qui doit, ce me semble, à toute heure
Me mener là bas, où demeure
Je ne sçay quel Pluton, qui tient
Ouvert à tous venans un antre,
Où bien facilement on entre,
Mais d’où jamais on ne revient.