LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE V. A CASSANDRE.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 27 sur 185·Livre complet →
» La Lune est coustumiere
» De naistre tous les mois,
» Mais quand nostre lumiere
» Est esteinte une fois,
» Longuement sans veiller
» Il nous faut sommeiller.
Tandis que vivons ores,
Un baiser donnez-moy,
Donnez-m’en mille encores,
Amour n’a point de loy :
A sa Divinité
Convient l’infinité.
En vous baisant Maistresse,
Vous m’avez entamé
La langue chanteresse
De vostre nom aimé.
Quoy ? est-ce là le pris
Du labeur qu’elle a pris ?
Elle par qui vous estes
Déesse entre les Dieux,
Qui voz beautez parfaites
Celebroit jusqu’aux cieux,
Ne faisant l’air sinon
Bruire de vostre nom ?
De vostre belle face
Le beau logis d’Amour,
Où Venus et la Grace
Ont choisi leur sejour,
Et de vostre œil qui fait
Le Soleil moins parfait :
De vostre sein d’yvoire
Par deux ondes secous
Elle chantoit la gloire,
Ne chantant rien que vous :
Maintenant en saignant,
De vous se va plaignant.
Las ! de petite chose
Je me deuls sans raison :
La fléche au cœur enclose
Me tu’ sans guerison,
Que l’Archer ocieux
M’y tira de voz yeux.