LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE IX. A LA FONTAINE BELLERIE.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 31 sur 185·Livre complet →
O Fontaine Bellerie,
Belle fontaine cherie
De noz Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de ta source
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu’au bord de ton ruisseau,
Tu es la Nymphe eternelle
De ma terre paternelle :
Pource en ce pré verdelet
Voy ton Poëte qui t’orne
D’un petit chevreau de laict,
A qui l’une et l’autre corne
Sortent du front nouvelet.
L’Esté je dors ou repose
Sus ton herbe, où je compose,
Caché sous tes saules vers,
Je ne sçay quoy, qui ta gloire
Envoira par l’univers,
Commandant à la Memoire
Que tu vives par mes vers.
L’ardeur de la Canicule
Le verd de tes bords ne brule,
Tellement qu’en toutes pars
Ton ombre est espaisse et druë
Aux pasteurs venant des parcs,
Aux beufs laz de la charuë,
Et au bestial espars.
Iô, tu seras sans cesse
Des fontaines la princesse,
Moy celebrant le conduit
Du rocher persé, qui darde
Avec un enroué bruit
L’eau de ta source jazarde
Qui trepillante se suit.