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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE VIII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 30 sur 185·Livre complet →

Ma petite Nymphe Macée,

Plus blanche qu’yvoire taillé,

Plus blanche que neige amassée,

Plus blanche que du laict caillé,

Ton beau teint resemble les lis

Avecque les roses cueillis.

Ton beau chef à mes yeux descœuvre,

Où le ciel des beautez donneur,

Employa sa peine et son œuvre,

Curieux de luy faire honneur :

Descœuvre ton beau front aussi,

Heureux object de mon souci.

Plus belle que Venus tu marches :

Tes yeux sont parfaitement beaux,

Qui flambent sous deux noires arches,

Comme deux celestes flambeaux,

D’où le brandon fut allumé,

Qui tout le cœur m’a consumé.

Ce fut ton œil douce mignonne,

Qui dans son regard escarté,

Les miens encores emprisonne

Peu soucieux de liberté,

Et qui me desroba le cœur

Pour m’honorer d’une langueur.

Te voyant des belles la belle,

Tu me suces l’ame et le sang :

Monstre moy ta rose nouvelle,

Je dy, mignarde, ton sein blanc,

Et tes deux rondelets tetons

Qui s’enflent comme deux boutons.

Las ! puis que ta beauté meurtriere

Ne me daigne faire mercy,

Et que de jour en jour plus fiere

Tu prens plaisir de mon soucy,

Aumoins regarde sur mon front

Les maux que tes beaux yeux me font.