LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE XXXIII. A REMY BELLEAU.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 55 sur 185·Livre complet →
Tu es un trop sec biberon
Pour un tourneur d’Anacreon,
Belleau, et quoy ! ceste Comete
Qui naguiere au ciel reluisoit,
Rien que la soif ne predisoit,
Ou je suis un mauvais prophete.
Les plus chauds Astres etherez
Ramenent les jours alterez
En ce mois, pour nous faire boire :
Boy donques : apres le trespas,
Ombre, tu ne boiras là bas
Que je ne sçay quelle onde noire.
Mais non, ne boy point, mon Belleau,
Si tu veux monter au troupeau
Des Muses, desur leur montagne :
Il vaut trop mieux estudier
Comme tu fais, que s’allier
De Bacchus et de sa compagne.
Quand avecques Bacchus on joint
Venus sans mesure, on n’a point
Saine du cerveau la partie.
Donc pour corriger son defaut,
Un vieil pedagogue il luy faut,
Un Silene qui le chastie :
Ou les pucelles dont il fut
Nourry, quand Jupin le receut
Tout vif de sa mere bruslée :
Ce furent les Nymphes des eaux :
» Car Bacchus gaste noz cerveaux,
» Si la Nymphe n’y est meslée.