LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE VII.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 29 sur 185·Livre complet →
Ma Dame ne donne pas
Des baisers, mais des apas
Qui seuls nourrissent mon ame,
Les biens dont les Dieux sont sous,
Du Nectar, du sucre dous,
De la cannelle, et du bâme,
Du thin, du lis, de la rose
Entre ses lévres esclose
Fleurante en toutes saisons :
Et du miel tel qu’en Hymette
La desrobe-fleur avette
Remplit ses douces maisons.
O Dieux ! que j’ay de plaisir
Quand je sens mon col saisir
De ses bras en mainte sorte :
Sur moy se laissant courber,
D’yeux cloz je la voy tomber
Sur mon sein à demy-morte.
Puis mettant la bouche sienne
Tout à plat dessus la mienne,
Me mord, et je la remors :
Je luy darde, elle me darde
Sa languette fretillarde,
Puis en ses bras je m’endors.
D’un baiser doucement long
El’ me suce l’ame adonc,
Puis en souflant la repousse,
La ressuce encor un coup,
La ressoufle tout à coup
Avec son haleine douce.
Tout ainsi les colombelles
Tremoussant un peu les ailes
Havement se vont baisant,
Apres que l’oiseuse glace
A quitté la froide place
Au Printemps doux et plaisant.
Helas ! mais tempere un peu
Les biens dont je suis repeu,
Tempere un peu ma liesse :
Dieu je serois immortel,
Et je ne veux estre tel,
Si tu n’es aussi Déesse.