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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE XIIII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 36 sur 185·Livre complet →

Paccate, qui redore

Le langage François,

Oy ce vers qui honore

Mon terroir Vandomois.

O terre fortunée

Des Muses le sejour,

Que le cours de l’année

Seréne d’un beau jour :

En toy, le ciel non chiche

Prodiguant son bon-heur,

A de la corne riche

Renversé tout l’honneur.

Deux longs tertres te ceignent,

Qui de leur flanc hardy

Les Aquilons contraignent,

Et les vents du midy.

Sur l’un Gastine sainte

Mere des Demy-dieux,

Sa teste de verd painte

Envoye jusqu’aux cieux :

Et sur l’autre prend vie

Maint beau cep, dont le vin

Porte bien peu d’envie

Au vignoble Angevin.

Le Loir tard à la fuite

En soy s’esbanoyant,

D’eau lentement conduite

Tes champs va tournoyant :

Et rend en prez fertille

Le pays traversé,

Par l’humeur qui distille

De son limon versé.

Bien qu’on n’y vienne querre

Par flots injurieux

De quelque estrange terre

L’or tant laborieux :

Et la gemme peschée

En l’Orient si cher,

Chez toy ne soit cherchée

Par l’avare nocher :

L’Inde pourtant ne pense

Te veincre, car les Dieux

D’une autre recompense

Te fortunent bien mieux.

La Justice grand’erre

S’enfuyant d’icy bas,

Laissa dans nostre terre

Le saint trac de ses pas :

Et s’encore à ceste heure

De l’antique saison

Quelque vertu demeure,

Tu es bien sa maison.

Bref, quelque part que j’erre,

Tant le ciel m’y soit dous,

Ce petit coin de terre

Me rira par-sus tous.

Là je veux que la Parque

Tranche mon fatal fil,

Et m’envoye en la barque

De perdurable exil :

Là te faudra respandre

Maintes larmes parmy

Les ombres et la cendre

De Ronsard ton amy.