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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE XXII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 44 sur 185·Livre complet →

J’ay l’esprit tout ennuyé

D’avoir trop estudié

Les Phænomenes d’Arate :

Il est temps que je m’esbate,

Et que j’aille aux champs jouër.

Bons Dieux ! qui voudroit louër

Ceux qui collez sus un livre

N’ont jamais soucy de vivre ?

Que nous sert d’estudier,

Sinon de nous ennuyer !

Et soin dessus soin accroistre

A nous, qui serons peut estre

Ou ce matin, ou ce soir

Victime de l’Orque noir !

De l’Orque qui ne pardonne

Tant il est fier, à personne !

Corydon, marche davant,

Sçache où le bon vin se vend :

Fais apres à ma bouteille

Des fueilles de quelque treille

Un tapon pour la boucher :

Ne m’achete point de chair,

Car tant soit elle friande,

L’Esté je hay la viande.

Achete des abricôs,

Des pompons, des artichôs,

Des fraises, et de la crême :

C’est en Esté ce que j’aime,

Quand sur le bord d’un ruisseau

Je la mange au bruit de l’eau,

Estendu sus le rivage,

Ou dans un antre sauvage.

Ores que je suis dispos,

Je veux boire sans repos,

De peur que la maladie

Un de ces jours ne me die,

Me happant à l’impourveu,

Meurs gallant, c’est assez beu.