LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE XXIII.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 45 sur 185·Livre complet →
Hé ! mon Dieu que je te hay Somme,
Et non pour-autant qu’on te nomme
Le froid simulacre des mors :
Mais pour-autant que quand je dors,
Par toy du penser m’est ravie
L’ardeur qui me tenoit en vie :
En dormant penser je ne puis
Au bien par qui vivant je suis,
Et sans lequel je ne pourroye
Estre vif, si je n’y songeoye.
Pource ne me vien plus seiller
L’œil, pour me faire sommeiller :
Le veiller m’est plus agreable
Que n’est ton dormir miserable,
Qui du cœur la nuict me soustrait
Le penser qui vivre me fait.