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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE XXV.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 47 sur 185·Livre complet →

Du malheur de recevoir

Un estranger sans avoir

De luy quelque cognoissance,

Tu as fait experiance

Menelas, ayant receu

Pâris dont tu fus deceu :

Et moy je la viens de faire,

Qui ore ay voulu retraire

Sottement un estranger

Dans ma chambre, et le loger.

Il estoit minuict, et l’Ourse

De son char tournoit la course

Entre les mains du Bouvier,

Quand le somme vint lier

D’une chaîne sommeilliere

Mes yeux clos sous la paupiere.

Ja je dormois dans mon lit

Lors que j’entr’ouy le bruit

D’un qui frappoit à ma porte,

Et heurtoit de telle sorte

Que mon dormir s’en-alla :

Je demanday, qu’est-ce là

Qui fait à mon huis sa plainte ?

Je suis enfant, n’aye crainte,

Ce me dit-il, et adonc

Je luy desserre le gond

De ma porte verrouillée.

J’ay la chemise mouillée

Qui me trempe jusqu’aux oz,

Ce disoit, dessus le doz

Toute nuict j’ay eu la pluie :

Et pource je te supplie

De me conduire à ton feu

Pour m’aller seicher un peu.

Lors je prins sa main humide,

Et plein de pitié le guide

En ma chambre, et le fis seoir

Au feu qui restoit du soir :

Puis allumant des chandelles,

Je vy qu’il portoit des ailes,

Dans la main un arc Turquois,

Et sous l’aisselle un carquois.

Adonc en mon cœur je pense

Qu’il avoit quelque puissance,

Et qu’il falloit m’apprester

Pour le faire banqueter.

Ce-pendant il me regarde

D’un œil, de l’autre il prend garde

Si son arc estoit seiché :

Puis me voyant empesché

A luy faire bonne chere,

Me tire une fleche amere

Droit dans l’œil, et qui de là

Plus bas au cœur devala :

Et m’y fist telle ouverture,

Qu’herbe, drogue ny murmure

N’y serviroient plus de rien.

Voila Revergat, le bien,

(Mon Revergat qui embrasses

L’heur des Muses, et des Graces)

Le bien qui m’est survenu

Pour loger un incognu.