LE SECOND LIVRE DES ODES
ODE XXVI
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 48 sur 185·Livre complet →
Qu’on me dresse un autel, que non-per on m’ameine
Trois porcs, et trois agneaux frisez de noire laine,
Qu’on me tire du vin pour verser dans le feu :
Je veux faire aujourd’huy publiquement un vœu
Devant toute la France, et devot me contraindre
Par un serment promis à jamais ne l’enfraindre :
» Car par droict de nature un bon cœur est tenu
» De soustenir celuy qui l’aura soustenu.
Or ainsi que le poil de ceste noire beste
Craquette dans le feu, ainsi ma chere teste
Y puisse craqueter, si jamais envers toy
Constant en mon contract je te manque de foy.
Te serrant les deux mains, par les Dieux je te jure
De n’endurer jamais qu’un sot te face injure
Sans te vanger ainsi que tu m’as revangé
Du sot injurieux qui m’avoit outragé.
Donque mon cher Magny, que nul ne se hazarde
D’offenser ton renom : car j’en ay pris la garde,
Qui peux monstrer à ceux qui s’en voudroient moquer,
De quel aspre aiguillon ma Muse sçait piquer.
Tandis par cent travaux poursuy ton entreprise.
» Les Dieux ont la Sueur davant la Vertu mise,
» Et faut beaucoup grimper ains qu’atteindre au sommet
» Du roc où la Vertu liberale promet
» Apres dix mille ennuis, une gloire eternelle
A ceux, qui comme toy seront amoureux d’elle,
Et qui desdaigneront d’un courage hautain
Ces mastins envieux, qui nous mordent en vain.