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LE SECOND LIVRE DES ODES

ODE XXVII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 49 sur 185·Livre complet →

Lors que ta mere estoit preste à gesir de toy,

Si Jupiter des Dieux et des hommes le Roy

Luy eust juré ces mots : L’enfant dont tu es pleine,

Sera tant qu’il vivra sans douleur et sans peine,

Et tousjours luy viendront les biens sans y songer,

Tu dirois à bon droit Jupiter mensonger.

Mais puis que tu es né, ainsi que tous nous sommes,

A la condition des miserables hommes,

Pour avoir en partage ennuis, soucis, travaux,

Douleurs, tristesses, soins, tormens, peines et maux,

Il faut baisser le doz, et porter la fortune

Qui vient sans nul egard à tous hommes commune :

Ce que facilement, patient, tu feras

Quand quelquefois le jour en ton cœur penseras

» Que tu n’es Dieu, mais homme, et qu’on ne voit au monde

» Chose qui plus que l’homme en miseres abonde,

» Qui plus soudain s’esleve, et qui plus soudain soit

» Tombé quand il est haut : et certes à bon droit :

» Car il n’a point de force, et si tousjours demande

» D’attenter plus que luy quelque entreprise grande.

Ce que tu quiers du Roy, Magny, n’est pas grand cas,

Et de l’avoir bien tost l’esperance tu as.

Le jour presse ta nuict : pource pren bon courage,

Tu n’as garde de fondre au milieu de l’orage,

Puis que tu as en lieu du bel Astre besson

Des Spartains, la faveur de ton grand d’Avanson,

Qui ja pousse ta nef sur la rive deserte

Pour y payer tes vœuz à Glauque et Melicerte.