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LE TROISIEME LIVRE DES ODES

ODE XXXII.

Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 94 sur 185·Livre complet →

Celuy qui est mort aujourd’huy,

Est aussi bien mort que celuy

Qui mourut aux jours du Deluge :

Autant vaut aller le premier,

Que de sejourner le dernier

Devant le parquet du grand Juge.

Incontinent que l’homme est mort,

Ou jamais, ou long temps il dort

Au creux d’une tombe enfouye,

Sans plus parler, ouyr ne voir :

Hé, quel bien sçauroit-on avoir

En perdant les yeux et l’ouye !

Or l’ame, selon le bien-fait

Qu’hostesse du corps elle a fait,

Monte au ciel, sa maison natale :

Mais le corps, nourriture à vers,

Dissoult de veines et de nerfs,

N’est plus qu’une ombre sepulcrale.

Il n’a plus esprit ny raison,

Emboiture ne liaison,

Artere, poux, ny veine tendre :

Cheveul en teste ne luy tient :

Et qui plus est, ne luy souvient

D’avoir jadis aimé Cassandre.

» La mort ne desire plus rien :

Donc ce-pendant que j’ay le bien

De desirer vif, je demande

Estre tousjours sain et dispos :

Puis quand je n’auray que les os,

La reste à Dieu je recommande.

Homere est mort, Anacreon,

Pindare, Hesiode, et Bion,

Et plus n’ont soucy de s’enquerre

Du bien et du mal qu’on dit d’eux :

Ainsi apres un siecle ou deux

Plus ne sentira y rien sous terre.

» Mais dequoy sert le desirer

» Sinon pour l’homme martirer ?

» Le desir n’est rien que martire.

» Content ne vit le desireux,

» Et l’homme mort est bien-heureux :

» Heureux qui plus rien ne desire !