LE TROISIEME LIVRE DES ODES
ODE XXXIII.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, ode 95 sur 185·Livre complet →
Quand je dors, je ne sens rien,
Je ne sens ne mal ne bien,
Je ne sçaurois rien cognoistre,
Je ne sçay ce que je suis,
Ce que je fus, et ne puis
Sçavoir ce que je dois estre.
J’ay perdu le souvenir
Du passé, de l’advenir :
Je ne suis que vaine masse
De bronze en homme gravé,
Ou quelque terme eslevé
Pour parade en une place.
Toutefois je suis vivant,
Repoussant mes flancs de vent,
Et si perds toute memoire :
Voyez donc que je seray
Quand mort je reposeray
Au fond de la tombe noire !
L’ame volant d’un plein saut,
A Dieu s’en-ira là haut
Avecque luy se resoudre :
Mais ce mien corps enterré,
Sillé d’un somme ferré,
Ne sera plus rien que poudre.