LE CINQUIESME LIVRE DES ODES
ODE IIII. SUR LE TRESPAS DE MARGUERITE DE FRANCE Royne de Navarre. Traduction des vers Latins de Jan d’Aurat.
Les Odes, Pierre de Ronsard (1550)·Texte intégral, poème 144 sur 185·Livre complet →
Ainsi que le ravy Prophete
Dans une flambante charrette
Haut-eslever en l’air s’est veu,
D’un bras allumé, par le vuide
Guidant l’estincellante bride
De ses chevaux aux pieds de feu,
Quand du vieillard la cheute robe,
Qui du sein bruslant se desrobe,
Coula dans les bras attendans
Du jeune Prophete, et glissante
Fut veuë en l’air, rougissante
Loin derriere en replis ardans :
Comme on voit une estoille esmeuë
Qui tombe, ou qui tomber est veuë
Du ciel, sous une claire nuit,
Attrainant derriere sa fuite
Par le vague, une longue suite
De sillons de feu qui la suit :
Ainsi Marguerite fâchée
De sa robe humaine entachée
Du premier vice naturel,
Ruant bas de prompte alegresse,
Et sa sommeillante paresse,
Et son gros fardeau corporel,
Hautaine, au ciel est arrivée
Sur quatre rouës eslevée,
Foy, Esperance, Charité,
Et Patience dure et forte,
Qui courageusement supporte
Toute maligne adversité.
D’un tel chariot soustenuë,
Faite Déesse, elle est venuë
En la troupe du Roy des Rois,
Que maintenant elle contemple,
Royne du monde bien plus ample
Que n’estoit pas son Navarrois.