CHAPITRE XX
Vie de Henri Brulard, Stendhal (1890)·Texte intégral, chapitre 22 sur 50·Livre complet →
Après1 quatre ou cinq ans du plus profond et du plus plat malheur, je respirai seulement alors, quand je me vis seul et fermé à clef dans l’appartement de la rue des Vieux-Jésuites, jusque-là abhorré par moi. Pendant ces quatre ou cinq ans, mon cœur fut rempli du sentiment de la haine impuissante. Sans mon goût pour la volupté, je serais peut-être devenu, par une telle éducation, dont ceux qui la donnaient ne se doutaient pas, un scélérat noir ou un coquin gracieux et insinuant, un vrai jésuite2, et je serais sans doute fort riche. La lecture de la Nouvelle-Héloïse et les scrupules de Saint-Preux me formèrent profondément honnête homme; je pouvais encore, après cette lecture faite avec larmes et dans des transports d’amour pour la vertu, faire des coquineries, mais je me serais senti coquin. Ainsi, c’est un livre lu en grande cachette et malgré mes parents qui m’a fait honnête homme.
1.Le chapitre XX est le chapitre XVII du manuscrit (fol. 280 à 298).—Écrit à Rome, les 26, 27 et 29 décembre 1835.
2.… un vrai jésuite …—Ms.: «Tejê.»
L’histoire romaine du cotonneux Rollin, malgré ses plates réflexions, m’avait meublé la tête de faits d’une solide vertu (basée sur l’utilité et non sur le vaniteux honneur des monarchies; Saint-Simon est une belle pièce justificative pour la manière de Montesquieu, l’honneur bas des monarchies; il n’est pas mal d’avoir vu cela en 1734 dans l’état d’enfance où, à cette époque, était encore la raison des Français).
Avec les faits appris dans Rollin, confirmés, expliqués, illustrés par la conversation continue de mon excellent grand-père et les théories de Saint-Preux, rien n’était égal à la répugnance et au mépris profond que j’avais pour les…3 expliqués par des prêtres que je voyais chaque jour s’affliger des victoires de la patrie et désirer que les troupes françaises fussent battues.
3.… j’avaie pour les …—Suivent quelques mots anglais illisibles.
La conversation de mon excellent grand-père, auquel je dois tout, sa vénération pour les bienfaiteurs de l’humanité, si contraire aux idées du ch[ristian]isme, m’empêcha sans doute d’être pris comme une mouche dans les toiles d’araignée par mon respect pour les cérémonies. (Je vois aujourd’hui que c’était la première forme de mon amour pour la musique, 1, la peinture, 2, et l’art de Vigano, 3.) Je croirais volontiers que mon grand-père était un nouveau converti vers 1793. Peut-être s’était-il fait dévot4 à la mort de ma mère (1790), peut-être la nécessité d’avoir l’appui du clergé dans son métier de médecin lui avait-elle imposé un léger vernis d’hypocrisie en même temps que la perruque à trois rangs de boucles. Je croirais plutôt ce dernier, car je le trouvai ami, et de longue date, de M. l’abbé Sadin, curé de Saint-Louis (sa paroisse), de M. le chanoine Rey et de Mlle Rey, sa sœur, chez lequel nous allions souvent (ma tante Elisabeth y faisait sa partie), petite rue derrière Saint-André, plus tard rue du Département5, même l’aimable et trop aimable abbé Hélie, curé de Saint-Hugues, qui m’avait baptisé et me l’a rappelé depuis au café de la Régence, à Paris, où je déjeûnais vers 1803 pendant mon éducation véritable, rue d’Angiviller.
4.Peut-être s’était-il fait dévot …—Ms.: «Votdé.»
5.… plue tard rue du Département …—Plus tard encore, rue Saint-André, aujourd’hui rue Diodore-Rahoult.
Il faut remarquer qu’en 1790 les prêtres ne prenaient pas les conséquences de la théorie et étaient bien loin d’être intolérants et absurdes6 comme nous les voyons en 1835. On souffrait fort bien que mon grand-père travaillât en présence de7 son petit buste de Voltaire et que sa conversation, excepté sur un seul sujet, fût ce qu’elle eût été dans le salon de Voltaire, et les trois jours qu’il avait passés dans ce salon étaient cités8 par lui comme les plus beaux de sa vie, quand l’occasion s’en présentait. Il ne s’interdisait nullement l’anecdote critique ou scandaleuse sur les prêtres, et pendant sa longue carrière d’observations cet esprit sage et froid en avait recueilli des centaines. Jamais il n’exagérait, jamais il ne mentait, ce qui me permet, ce me semble, d’avancer aujourd’hui que quant à l’esprit ce n’était pas un bourgeois; mais il était apte9 à concevoir des haines éternelles à l’occasion de torts très minimes10, et je ne crois pas laver son âme du reproche de bourgeoisie.
6.… intolérants et absurdes …—Ms.: «Surdesab.»
7.… que mon grand-père travaillât en présence de …—Variante: «Devant.»
8.… dans ce salon étaient cités par lui …—Variante: «Rappelés.»
9.… mais il était apte …—Variante: «Facile.»
10.… à l’occasion de torts très minimes …—Variante: «Pour des torts très petits.»
Je retrouve le type bourgeois, même à Rome, chez M. … et sa famille, … M. Bois, le beau-frère, enrichi …11.
11.… chez M … et sa famille, … M. Bois, le beau-frère, enrichi …—Trois mots illisibles.
Mon grand-père avait une vénération et un amour pour les grands hommes qui choquèrent bien M. le curé actuel de Saint-Louis et M. le grand vicaire12 actuel de l’évêque de Grenoble, lequel se fait un point d’honneur de ne pas rendre sa visite au préfet, en sa qualité de prince de Grenoble13, je crois (raconté par M. Rubichon et avec approbation, Cività-Vecchia, juin 1835).
12.… M. le grand vicaire …—Ms.: «Cairevi.»
13.… en sa qualité de prince de Grenoble …—L’évêque de Grenoble avait le titre d’évêque-prince.
Le Père Ducros, ce cordelier que je suppose homme de génie, avait perdu sa santé en empaillant des oiseaux avec des poisons. Il souffrait beaucoup des entrailles et mon oncle m’apprit par ses plaisanteries qu’il avait un …14. Je ne compris guère cette maladie, qui me semblait toute naturelle. Le Père Ducros aimait beaucoup mon grand-père, son médecin, et auquel il devait en partie sa place de bibliothécaire; mais il ne pouvait s’empêcher de méprisoter un peu la faiblesse de son caractère, il ne pouvait tolérer les incartades de Séraphie, qui allaient souvent jusqu’à interrompre la conversation, troubler la société, et forcer les amis à se retirer15.
14.… mon oncle m’apprit par ses plaisanteries qu’il avait un …—Un mot illisible.
15.… forcer les amis à se retirer.—En face, au verso du fol. 285, on lit: «Réponse à un reproche: comment veut-on que j’écrive bien, forcé d’écrire aussi vite pour ne pas perdre mes idées? 27 décembre 1835. Réponse à MM. Colomb, etc.»
Les caractères à la Fontenelle sont fort sensibles à cette nuance de mépris non exprimé, mon grand-père combattait donc souvent mon enthousiasme pour le Père Ducros. Quelquefois, quand le Père Ducros arrivait à la maison avec quelque chose d’intéressant à dire, on m’envoyait à la cuisine; je n’étais nullement piqué, mais fâché de ne pas savoir la chose curieuse. Ce philosophe fut sensible à mes empressements et au goût vif que je montrais pour lui, et qui faisait que je ne quittais jamais la chambre quand il y était.
Il faisait cadeau à ses amis et amies de cadres dorés de deux pieds et demi sur trois, garnis d’une grande vitre, derrière laquelle il disposait six ou huit douzaines de médailles en plâtre de dix-huit lignes de diamètre. C’étaient tous les empereurs romains et les impératrices, un autre cadre présentait tous les grands hommes de France, de Clément Marot à Voltaire, Diderot et d’Alembert. Que dirait le M. Rey d’aujourd’hui à une telle vue?
Ces médailles étaient environnées, avec beaucoup de grâce, de petits cartons dorés sur tranche, et des volutes exécutées en même matière remplissaient les intervalles entre les médailles. Les ornements de ce genre étaient fort rares alors et je puis avouer que l’opposition de la couleur blanc mat des médailles et des ombres légères, fines, bien dessinées, qui marquaient les traits des personnages, avec la tranche dorée des cartons et leur couleur jaune d’or, faisaient un effet très élégant.
Les bourgeois de Vienne, Romans, La Tour du Pin, Voiron, etc., qui venaient dîner chez mon grand-père ne se lassaient pas d’admirer ces cadres. Moi, de mon côté, monté sur une chaise, je ne me lassais pas d’étudier les traits de ces hommes illustres dont j’aurais voulu imiter la vie et lire les œuvres.
Le Père Ducros écrivait dans le haut de la partie la plus élevée de ces cartons16:
HOMMES ILLUSTRES DE FRANCE
ou
EMPEREURS ET IMPÉRATRICES.
16.Le Père Ducros écrivait dans le haut de la partie la plue élevée de ces cartons.—Au verso du fol. 287, Stendhal a dessiné le modèle de l’un de ces cadres, avec la légende suivante: «Cadre de médailles en plâtre blanc par le Père Ducros, bibliothécaire de la Ville de Grenoble (vers 1790), mort vers 1806 ou 1818.»
À Voiron, par exemple, chez mon cousin Allard du Plantier17 (descendant de l’historien et antiquaire Allard), ces cadres étaient admirés comme des médailles antiques; je ne sais pas même si le cousin, qui n’était pas fort, ne les prenait pas pour des médailles antiques. (C’était un fils étiolé par un père homme d’esprit, comme Monseigneur par Louis XIV.)
17.… mon cousin Allard du Plantier …—Allard du Plantier (1721-1801), avocat au Parlement de Grenoble, fut élu en 1788 député du Tiers-Etat du Dauphiné aux États-Généraux. Il se retira à Voiron en 1790.
Un jour, le Père Ducros me dit:
«Veux-tu que je t’apprenne à faire des médailles?»
Ce fut pour moi les cieux ouverts.
J’allai dans son appartement, vraiment délicieux pour un homme qui aime à penser, tel que je voudrais bien en avoir un pareil pour y finir mes jours.
Quatre petites chambres de dix pieds de haut, exposées au midi et au couchant, avec très jolie vue sur Saint-Joseph, les coteaux d’Eybens, le pont de Claix et les montagnes à l’infini vers Gap.
Ces chambres étaient remplies de bas-reliefs et de médailles moulées sur l’antique ou sur du moderne passable.
Les médailles étaient, la plupart, en soufre rouge (rougi par un mélange de cinabre), ce qui est beau et sérieux; enfin, il n’y avait pas un pied carré de la surface de cet appartement qui ne donnât une idée. Il y avait aussi des tableaux. «Mais je ne suis pas assez riche, disait le Père Ducros, pour acheter ceux qui me plairaient.» Le principal tableau représentait une neige, ce n’était pas absolument mal.
Mon grand-père m’avait mené plusieurs fois dans cet appartement charmant. Dès que j’étais seul avec mon grand-père, hors de la maison, loin de la portée de mon père et de Séraphie, j’étais d’une gaieté parfaite. Je marchais fort lentement, car mon bon grand-père avait des rhumatismes, que je suppose goutteux (car moi, son véritable petit-fils et qui ai le même corps, j’ai eu la goutte en mai 1835 à Cività-Vecchia).
Le Père Ducros, qui avait de l’aisance, car il a fait son héritier M. Navizet, de Saint-Laurent, ancien entrepreneur de chamoiserie, était fort bien servi par un grand et gros valet, bonhomme qui était garçon de bibliothèque, et une excellente servante. Je donnais l’étrenne à tout cela, par avis de ma tante Elisabeth.
J’étais neuf autant que possible par le miracle de cette abominable éducation solitaire et de toute une famille s’acharnant sur un pauvre enfant pour l’endoctriner, dont le système avait été fort bien suivi parce que la douleur de la famille mettait ce système dans ses goûts.
Cette inexpérience des choses les plus simples me fit faire bien des gaucheries chez M. Daru le père, de novembre 1799 à mai 1800.
Revenons aux médailles. Le Père Ducros s’était procuré, je ne sais comment, une quantité de médailles en plâtre. Il les imbibait d’huile et sur cette huile coulait du soufre mêlé avec de l’ardoise bien sèche et pulvérisée.
Quand ce moule ôtait bien froid18, il y mettait un peu d’huile, l’entourait d’un papier huilé, haut, de A en B, de trois lignes, le moule au fond.
18.Quand ce moule était bien froid …—Dessin du moule. Le papier huilé est plus haut (de A en B) que l’épaisseur du moule, de manière à pouvoir recevoir le plâtre coulé.
Sur le moule il versait du plâtre liquide fait à l’instant, et sur-le-champ du plâtre moins fin et plus fort, de façon à donner quatre lignes d’épaisseur à la médaille en plâtre. Voilà ce que je ne parvins jamais à bien faire. Je ne gâchais pas mon plâtre assez vite, ou plutôt je le laissais s’éventer. C’est en vain que Saint-…19, le vieux domestique, m’apportait du plâtre en poudre. Je retrouvais mon plâtre en gelée, cinq ou six heures après l’avoir placé sur le moule en soufre.
19.C’est en vain que Saint-…—Le reste du nom est en blanc.
Mais ces moules-là étant les plus difficiles, je les fis sur-le-champ, et fort bien, seulement trop épais. Je n’épargnais pas la matière.
J’établis mon atelier de plâtrerie dans le cabinet de toilette de ma pauvre mère, pénétrais dans cette chambre où personne n’entrait depuis cinq ans qu’avec un sentiment religieux; j’évitais de regarder vers le lit. Je n’aurais jamais ri dans cette chambre, tapissée de papier de Lyon imitant bien le damas rouge.
Quoique je ne parvinsse jamais à faire un cadre de médailler comme le Père Ducros, je me préparais éternellement à ce grand renom en faisant une quantité de moules en soufre (en B, dans la cuisine)20.
20.( …en B, dans la cuisine).—Au verso du fol. 291 est un plan d’une partie de l’appartement Beyle. Dans la «chambre de ma mère», en «A, atelier de mon plâtre»; dans la cuisine, en «B, fourneau où je faisais mes soufres». On lit au-dessous: «Maison paternelle, vendue en 1804. En 1816, nous logions au coin de la rue de Bonne et de la place Grenette, où je fis l’amour à Sophie Vernier et à Mlle Elise, en 1814 et 1816, mais pas assez, je me serais moins ennuyé. De là j’entendis guillotiner David, qui fait la gloire de M. le duc Decazes.»
J’achetai une grande armoire renfermant douze ou quinze tiroirs de trois pouces de haut, où j’emmagasinais mes richesses.
Je laissai tout cela à Grenoble en 1799. Dès 1796 je n’en faisais plus de cas; on aura fait des allumettes de ces précieux moules (ou creux) en soufre de couleur d’ardoise.
Je lus le dictionnaire des médailles de l’Encyclopédie méthodique21.
21.…l’Encyclopédie méthodique.—On lit au verso du fol. 293: «27 décembre 1835. Fatigué après 13 pages. Froid aux jambes, surtout au mollet; un peu de colique; envie de dormir. Le froid et le café du 24 décembre m’ont donné sur les nerfs. Il faudrait un bain, mais comment, avec ce froid? Comment supporterai-je le froid de Paris?»
Un maître adroit qui eût su profiter de ce goût m’eût fait étudier avec passion toute l’histoire ancienne; il fallait me faire lire Suétone, puis Denis d’Halicarnasse, à mesure que ma jeune tête eût pu recevoir les idées sérieuses.
Mais le goût régnant alors à Grenoble portait à lire et à citer les épîtres d’un M. de Bonnard, c’est, je pense, du petit Dorât (comme on dit: du petit Mâcon). Mon grand-père nommait avec respect la Grandeur des Romains de Montesquieu, mais je n’y comprenais rien; chose peu difficile à croire, j’ignorais les événements sur lesquels Montesquieu a dressé ses magnifiques considérations.
Il fallait au moins me faire lire Tite-Live. Au lieu de cela, on me faisait lire et admirer les hymnes de Santeuil: «Ecce sede louantes… » On peut se figurer la façon dont j’accueillais cette religion22 de mes tyrans.
22.… j’accueillais cette religion …—Ms.: «Gionreli.»
Les prêtres qui dînaient à la maison cherchaient à reconnaître l’hospitalité de mes parents en me faisant du pathos sur la Bible de Royaumont, dont le ton patelin et mielleux m’inspirait le plus profond dégoût. J’aimais cent fois mieux le Nouveau Testament eu latin, que j’avais appris par cœur tout entier dans un exemplaire in-18. Mes parents, comme les rois d’aujourd’hui, voulaient que la religion me maintint en soumission23, et moi je ne respirais que révolte.
23.… me maintînt en soumission …—Variante: «Abjection.»
Je voyais défiler la légion Allobroge (celle, je crois, qui fut commandée par M. Caffe, mort aux Invalides, à 85 ans, en novembre ou décembre 1835), ma grande pensée était à l’armée. Ne ferais-je pas bien de m’engager?
Je sortais souvent seul, j’allais au Jardin24, mais je trouvais les autres enfants trop familiers, de loin je brûlais de jouer avec eux, de près je les trouvais grossiers.
24.… j’allais au Jardin …—Il s’agit du Jardin-de-Ville.
Je commençais même, je crois, à aller au spectacle, que je quittais25 au moment le plus intéressant, à neuf heures en été, quand j’entendais sonner le sing (ou saint)26.
25.… à aller au spectacle que je quittais …—Variante: «Dont je sortais.»
26.… quand j’entendais sonner le sing (ou saint).—Sur le sing. voyez plus haut, notes du chapitre XVI, p. 244.
Tout ce qui était tyrannie me révoltait, et je n’aimais pas le pouvoir. Je faisais mes devoirs (thèmes, traductions, vers sur la mouche noyée dans une jatte de lait27) sur une jolie petite table de noyer, dans l’antichambre du grand salon à l’italienne, excepté le dimanche pour notre messe; la porte sur le grand escalier était toujours fermée. Je m’avisai d’écrire sur le bois de cette table les noms de tous les assassins de princes, par exemple: Poltrot, duc de Guise, en 1562. Mon grand-père, en m’aidant à faire mes vers, ou plutôt en les faisant lui-même, vit cette liste; son âme assez tranquille, ennemie de toute violence, en fut navrée, d’en conclut presque que Séraphie avait raison quand elle me représentait comme pourvu d’une âme atroce. Peut-être avais-je été conduit à faire ma liste d’assassins par l’action de Charlotte Corday—11 ou 12 juillet 1793—dont j’étais fou. J’étais dans ce temps-là grand enthousiaste de Caton d’Utique, les réflexions doucereuses et chrétiennes du bon Rollin, comme l’appelait mon grand-père, me semblaient le comble de la niaiserie.
27.… vers sur la mouche noyée dans une jatte de lait …—Allusion à la pièce de vers latin déjà citée plus haut, chapitre XII.
Et en même temps j’étais si enfant qu’ayant trouvé dans l’Histoire ancienne de Rollin, je crois, un personnage qui s’appelait Aristocrate, je fus émerveillé de cette circonstance et fis partager mon enthousiasme à ma sœur Pauline, qui était libérale et de mon parti contre Zénaïde-Caroline, attachée au parti de Séraphie et appelée espionne par nous.
Avant ou après, j’avais eu un goût violent pour l’optique, qui me porta à lire l’Optique de Smith à la bibliothèque publique. Je faisais des lunettes pour voir le voisin en ayant l’air de regarder devant moi28. On pouvait encore, avec un peu d’adresse, par ce moyen-là, facilement me lancer dans la science de l’optique et me faire emporter un bon morceau de mathématiques. De là à l’astronomie, il n’y avait qu’un pas.
28.Je faisais des lunettes pour voir le voisin en ayant l’air de regarder devant moi.—Suit un grossier croquis représentant une lunette munie d’un miroir incliné.