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CHAPITRE XXIV

Vie de Henri Brulard, Stendhal (1890)·Texte intégral, chapitre 26 sur 50·Livre complet →

Je1 ne réussissais guère avec mes camarades; je vois aujourd’hui que j’avais alors un mélange fort ridicule de hauteur et de besoin de m’amuser. Je répondis à leur égoïsme le plus âpre par mes idées de noblesse espagnole. J’étais navré quand, dans leurs jeux, ils me laissaient de côté; pour comble de misère, je ne savais point ces jeux, j’y portais une noblesse d’âme, une délicatesse qui devaient leur sembler de la folie absolue. La finesse et la promptitude de l’égoïsme, un égoïsme, je crois, hors de mesure, sont les seules choses qui aient du succès parmi les enfants.

1.Le chapitre XXIV est le chapitre XX du manuscrit (fol. 331 bis à 355).—Écrit à Rome, le 1er janvier 1836. Stendhal note au fol. 335: «Froid en écrivant.»

Pour achever mon peu de succès, j’étais timide envers le professeur, un mot de reproche contenu et dit par hasard par ce petit bourgeois pédant avec un accent juste, me faisait venir les larmes aux yeux. Ces larmes étaient de la lâcheté aux yeux de MM. Gauthier frères, Saint-Ferréol, je crois, Robert (directeur actuel du théâtre Italien, à Paris), et surtout Odru. Ce dernier était un paysan très fort et encore plus grossier, qui avait un pied de plus qu’aucun de nous et que nous appelions Goliath; il en avait la grâce, mais nous donnait de fières taloches quand sa grosse intelligence s’apercevait enfin que nous nous moquions de lui.

Son père, riche paysan de Lumbin ou d’un autre village dans la vallée2. (On appelle ainsi par excellence l’admirable vallée de l’Isère, de Grenoble à Montmélian. Réellement, la vallée s’étend jusqu’à la dent de Moirans, de cette sorte3.)

2.… un autre village dans la vallée.—Du Versoud. (Note au crayon de R. Colomb.)

3.… la vallée s’étend jusqu’à la dent de Moirans, de cette sorte.—Suit une carte-esquisse, d’ailleurs inexacte. Stendhal appelle Dent de Moirans le Bec de l’Echaillon, situé sur la rive droite de l’Isère, au-dessus de Veurey. Entre Moirans et Voreppe, il signale des «campagnes comparables à celle de Lombardie et de Marmande, les plus belles du monde».

Mon grand-père avait profité du départ de Séraphie pour me faire suivre les cours de mathématiques, de chimie et de dessin.

M. Dupuy, ce bourgeois si emphatique et si plaisant, était, en importance citoyenne, une sorte de rival subalterne de M. le docteur Gagnon. Il était à plat ventre devant la noblesse, mais cet avantage qu’il avait sur M. Gagnon était compensé par l’absence totale d’amabilité et d’idées littéraires, qui alors formaient comme le pain quotidien de la conversation. M. Dupuy, jaloux de voir M. Gagnon membre du jury d’organisation et son supérieur, n’accueillit point la recommandation de ce rival heureux en ma faveur, et je n’ai gagné ma place dans la salle de mathématiques qu’à force de mérite, et en voyant ce mérite, pendant trois ans de suite, mis continuellement en question. M. Dupuy, qui parlait sans cesse et (jamais trop) de Condillac et de sa Logique, n’avait pas l’ombre de logique dans la tête. Il parlait noblement et avec grâce, et il avait une figure imposante et des manières fort polies.

Il eut une idée bien belle en 1794, ce fut de diviser les cent élèves qui remplissaient la salle au rez-de-chaussée, à la première leçon de mathématiques, en brigades de six ou de sept ayant chacune un chef.

Le mien était un grand, c’est-à-dire un jeune homme au-delà de la puberté et ayant un pied de plus que nous. Il nous crachait dessus, en plaçant adroitement un doigt devant sa bouche. Au régiment, un tel caractère s’appelle arsouille. Nous nous plaignions de cet arsouille, nommé, je crois, Raimonet, à M. Dupuy, qui fut admirable de noblesse en le cassant. M. Dupuy avait l’habitude de donner leçon aux jeunes officiers d’artillerie de Valence et était fort sensible à l’honneur (au coup d’épée).

Nous suivions le plat cours de Bezout, mais M. Dupuy eut le bon esprit de nous parler de Clairaut et de la nouvelle édition que M. Biot (ce charlatan travailleur) venait d’en donner.

Clairaut était fait pour ouvrir l’esprit, que Bezout tendait à laisser à jamais bouché. Chaque proposition, dans Bezout, a l’air d’un grand secret appris d’une bonne femme voisine.

Dans la salle de dessin, je trouvai que M. Jay et M. Couturier (au nez cassé), son adjoint, me faisaient une terrible injustice. Mais M. Jay, à défaut de tout autre mérite, avait celui de l’emphase, laquelle emphase, au lieu de nous faire rire, nous enflammait. M. Jay obtenait un beau succès, fort important pour l’École centrale, calomniée par les prêtres. Il avait deux ou trois cents élèves.

Tout cela était distribué par bancs de sept ou huit4, et chaque jour il fallait faire construire de nouveaux bancs. Et quels modèles! de mauvaises académies dessinées par MM. Pajou et Jay lui-même; les jambes, les bras, tout était en à peu près, bien patauds, bien lourds, bien laids. C’était le dessin de M. Moreau jeune, ou de ce M. Cachoud qui parle si drôlement de Michel-Ange et du Dominiquin dans ses trois petits volumes sur l’Italie.

4.Tout cela était distribuée par bancs de sept ou huit …—Suit un plan de la classe de dessin; entre les deux rangées, «le grand Jay arpentant sa salle avec l’air de gémir et en tenant la tête renversée». La place du jeune Beyle était en H, dans les bancs placés du côté de la rue Neuve.

Les grandes têtes étaient dessinées à la sanguine ou gravées à la manière du crayon. Il faut avouer que la totale ignorance du dessin y paraissait moins que dans les académies (figures nues). Le grand mérite de ces têtes, qui avaient dix-huit pouces de haut, était que les hachures fussent bien parallèles; quant à imiter la nature, il n’en était pas question.

Un nommé Moulezin, bête et important à manger du foin et aujourd’hui riche et important bourgeois de Grenoble, et sans doute l’un des plus rudes ennemis du sens commun, s’immortalisa bientôt par le parallélisme parfait de ses hachures à la sanguine. Il faisait des académies et avait été élève de M. Villonne (de Lyon); moi, élève de M. Le Roy, que la maladie et le bon goût parisien avaient empêché de son vivant d’être aussi charlatan que M. Villonne à Lyon, dessinateur pour étoffes, je ne pus obtenir que les grandes têtes, ce qui me choqua fort, mais eut le grand avantage d’être une leçon de modestie.

J’en avais grand besoin, puisqu’il faut parler net. Mes parents, dont j’étais l’ouvrage, s’applaudissaient de mes talents devant moi, et je me croyais le jeune homme le plus distingué de Grenoble.

Mon infériorité dans les jeux avec mes camarades de latin commença à m’ouvrir les yeux. Le banc des grandes têtes, vers H5, où l’on me plaça, tout près des deux fils d’un cordonnier, à figures ridicules (quelle inconvenance pour le petit-fils de M. Gagnon!), m’inspira la volonté de crever ou d’avancer6.

5.Le banc des grandes têtes, vers H …—Cette référence se rapporte au plan décrit ci-dessus.

6.… la volonté de crever ou d’avancer.—Rapidité, raison de la mauvaise écriture. 1er janvier 1836. Il n’est que deux heures, j’ai déjà écrit seize pages, il fait froid, la plume va mal; au lieu de me mettre en colère, je vais en avant, écrivant comme je puis. (Note de Stendhal.)

Voici l’histoire de mon talent pour le dessin: ma famille, toujours judicieuse, avait décidé, après un an ou dix-huit mois de leçons chez cet homme si poli, M. Le Roy, que je dessinais fort bien.

Le fait est que je ne me doutais pas seulement que le dessin est une invention de la nature. Je dessinais avec un crayon noir et blanc une tête en demi-relief. (J’ai vu à Rome, au Braccio nuovo, que c’est la tête de Musa, médecin d’Auguste.) Mon dessin était propre, froid, sans aucun mérite, comme le dessin d’un jeune pensionnaire.

Mes parents, qui avec toutes leurs phrases sur les beautés de la campagne et les beaux paysages, n’avaient aucun sentiment des arts, pas une gravure passable à la maison, me déclarèrent très fort en dessin. M. Le Roy vivait encore et peignait7 des paysages à la gouache (couleur épaisse), moins mal que le reste.

7.M. Le Roy vivait encore et peignait …—Variante: «Faisait.»

J’obtins de laisser là le crayon et de peindre à la gouache.

M. Le Roy avait fait une vue du pont de la Vence, entre la Buisserate et Saint-Robert, prise du point A8.

8.M. Le Roy avait fait une vue du pont de la Vence, … prise du point A …—Suit un croquis schématique du point de vue. Le point A est au bas du pont, sur le bord du torrent, et l’arche du pont encadre la montagne M.

Je passais ce pont plusieurs fois l’an pour aller à Saint-Vincent, je trouvais que le dessin, surtout la montagne en M, ressemblait fort, je fus illusionné. Donc, d’abord, et avant tout, il faut qu’un dessin ressemble à la nature!

Il n’était plus question de hachures bien parallèles. Après cette belle découverte, je fis de rapides progrès.

Le pauvre M. Le Roy vint à mourir, je le regrettai. Cependant, j’étais encore esclave alors, et tous les jeunes gens allaient chez M. Villonne, dessinateur pour étoffes chassé de Commune-Affranchie par la guerre et les échafauds. Commune-Affranchie était le nouveau nom donné à Lyon depuis sa prise.

Je communiquai à mon père (mais par hasard et sans avoir l’esprit d’y songer) mon goût pour la gouache, et j’achetai de Mme Le Roy, au triple de leur valeur, beaucoup de gouaches de son mari.

Je convoitais fort deux volumes des Contes de La Fontaine, avec gravures fort délicatement faites, mais fort claires.

«Ce sont des horreurs, me dit Mme Le Roy avec ses beaux yeux de soubrette bien hypocrites; mais ce sont des chefs-d’œuvre.»

Je vis que je ne pouvais escamoter le prix des Contes de La Fontaine sur celui des gouaches. L’École centrale s’ouvrit, je ne songeai plus à la gouache, mais ma découverte me resta9: il fallait imiter la nature, et cela empêcha peut-être que mes grandes têtes, copiées d’après ces plats dessins, fussent aussi exécrables qu’elles auraient dû l’être. Je me souviens du Soldat indigné, dans Héliodore chassé, de Raphaël; je ne vois jamais l’original (au Vatican) sans me souvenir de ma copie; le mécanisme du crayon, tout-à-fait arbitraire, même faux, brillait surtout dans le dragon qui surmonte le casque.

9.… mais ma découverte me resta …—Stendhal a, par inadvertance, oublié un mot en passant d’un feuillet à un autre.

Quand nous avions fait un ouvrage passable, M. Jay s’asseyait à la place de l’élève, corrigeait un peu la tête et raisonnait avec emphase, mais enfin en raisonnant, et enfin signait la tête par derrière, apparemment ne varietur, pour qu’elle pût, au milieu ou à la fin de l’année, être présentée au concours. Il nous enflammait, mais n’avait pas la plus petite notion du beau. Il n’avait fait en sa vie qu’un tableau indigne, une Liberté copiée d’après sa femme, courte, ramassée, sans forme. Pour l’alléger, il avait occupé le premier plan par un tombeau derrière lequel la Liberté paraissait cachée jusqu’aux genoux10.

10.… la Liberté paraissait cachée jusqu’aux genoux.—-Le fol. 345 est aux trois-quarts blanc.

La fin de l’année arriva, il y eut des examens en présence du jury, et, je crois, d’un membre du Département.

Je n’obtins qu’un misérable accessit, et encore pour faire plaisir, je pense, à M. Gagnon, chef du jury, et à M. Dausse, autre membre du jury, fort ami de M. Gagnon.

Mon grand-père en fut humilié, et il me le dit avec une politesse et une mesure parfaites. Son mot si simple fit sur moi tout l’effet possible. Il ajouta en riant: «Tu ne savais que nous montrer ton gros derrière!»

Cette position peu aimable avait été remarquée au tableau de la salle de mathématiques.

C’était une ardoise de six pieds sur quatre, soutenue, à cinq pieds de haut, par un châssis fort solide; on y montait par trois degrés.

M. Dupuy faisait démontrer une proposition, par exemple le carré de l’hypoténuse ou ce problème: un ouvrage coûte sept livres, quatre sous, trois deniers la toise; l’ouvrier en a fait deux toises, cinq pieds, trois pouces. Combien lui revient-il?

Dans le courant de l’année, M. Dupuy avait toujours appelé au tableau M. de Monval, qui était noble, M. de Pina, noble et ultra. M. Anglès, M. de Renneville, noble, et jamais moi, ou une seule fois11.

11.… et jamais moi, ou une seule fois.—En face, au verso du fol. 346, est un plan de la partie du collège contenant la «salle de dessin» et la «salle des mathématiques». Dans celle-ci, près du tableau, en «D, M. Dupuy, homme de cinq pieds huit pouces, avec sa grande canne, dans son immense fauteuil». Parmi les élèves, en «H, moi, mourant d’envie d’être appelé pour monter au tableau, et me cachant pour n’être pas appelé, mourant de peur et de timidité».

Le cadet Monval, buse à figure de buse, mais bon mathématicien (terme de l’école), a été massacré par les brigands en Calabre, vers 1806, je crois. L’aîné, étant avec Paul-Louis Courier dans sa prise…12, devint un sale vieux ultra. Il fut colonel, ruina d’une vilaine façon une grande dame de Naples; à Grenoble, voulut souffler le froid et le chaud vers 1830, fut découvert et généralement méprisé. Il est mort de ce mépris général, et richement mérité, fort loué par les dévots (voir la Gazette de 1832 ou 1833). C’était un joli homme, coquin à tout faire.

12.… avec Paul-Louis Courier dans sa prise …—Un mot illisible. La lecture du mot prise n’est pas certaine.

M. de P…, maire à Grenoble de 1825 à 1830. Ultra à tout faire et oubliant la probité en faveur de ses neuf ou dix enfants, il a réuni 60 ou 70.000 francs de rente. Fanatique sombre et, je pense, coquin à tout faire, vrai jésuite13.

13.… vrai jésuite.—Ms.: «Tejé.»

Anglès, depuis préfet de police, travailleur infatigable, aimant l’ordre, mais en politique coquin à tout faire, mais, selon moi, infiniment moins coquin que les deux précédents, lesquels, dans le genre coquin, tiennent la première place dans mon esprit.

La jolie Mme la comtesse Anglès était amie de Mme la comtesse Daru14, dans le salon de laquelle je la vis. Le joli comte de Meffrey (de Grenoble, comme M. Anglès) était son amant. La pauvre femme s’ennuyait beaucoup, ce me semble, malgré les grandes places du mari.

14.… Mme la comtesse Daru …—Ms.: «Ruda.»

Ce mari, fils d’un avare célèbre, et avare lui-même, était l’animal le plus triste et avait l’esprit le plus pauvre, le plus anti-mathématique. D’ailleurs, lâche jusqu’au scandale; je conterai plus tard l’histoire de son soufflet et de sa queue. Vers 1826 ou 29, il perdit la préfecture de police et alla bâtir un beau château dans les montagnes, près de Roanne, et y mourut fort brusquement bientôt après, jeune encore. C’était un triste animal, il avait tout le mauvais du caractère dauphinois, bas, fin, cauteleux, attentif aux moindres détails.

M. de Renneville, cousin des Monval, était beau et bête à manger du foin. Son père était l’homme le plus sale et le plus fier de Grenoble. Je n’ai plus entendu parler de lui depuis l’école.

M. de Sinard, bon écolier, réduit à la mendicité par l’émigration, protégé et soutenu par M. de Vaulserre, fut mon ami.

Monté au tableau, on écrivait en O15. La tête du démontrant était bien à huit pieds de haut. Moi, placé en évidence une fois par mois, nullement soutenu par M. Dupuy, qui parlait à Monval ou à M. de Pina pendant que je démontrais, j’étais pénétré de timidité et je bredouillais. Quand je montai au tableau à mon tour, devant le jury, ma timidité redoubla, je m’embrouillai en regardant ces Messieurs, et surtout le terrible M. Dausse, assis à côté et à droite du tableau. J’eus la présence d’esprit de ne plus les regarder, de ne plus faire attention qu’à mon opération, et je m’en tirai correctement, mais en les ennuyant. Quelle différence avec ce qui se passa en août 1799! Je puis dire que c’est à force de mérite que j’ai percé aux mathématiques et au dessin, comme nous disions à l’École centrale16.

15.Monté au tableau, on écrivait en O.—Croquis représentant un élève au tableau.

16.… comme nous disions à l’École centrale.—Suit une phrase que Stendhal n’a pas effacée, mais que nous supprimons cependant, car il l’a accompagnée de cette mention: répétition. «Pour ne pas m’embrouiller dans une longue opération d’arithmétique, je me mis à ne regarder que le tableau.»

J’étais gros et peu grand, j’avais une redingote gris clair, de là le reproche.

«Pourquoi donc n’as-tu pas eu de prix? me disait mon grand-père.

—Je n’ai pas eu le temps.»

Les cours n’avaient, je crois, duré, cette première année, que quatre ou cinq mois.

J’allai à Claix, toujours fou de la chasse; mais en courant les champs, malgré mon père, je réfléchissais profondément à ce mot: «Pourquoi n’as-tu pas eu de prix?»

Je ne puis me rappeler si je suis allé pendant

quatre ans ou seulement pendant trois à l’École centrale. Je suis sûr de la date de sortie, examen de la fin de 1799, les Russes attendus à Grenoble.

Les aristocrates et mes parents, je crois, disaient:

O Rus, quando ego le adspiciam!

Pour moi, je tremblais pour l’examen qui devait me faire sortir de Grenoble! Si j’y reviens jamais, quelques recherches dans les archives de l’Administration départementale, à la Préfecture, m’apprendront si l’École centrale a été ouverte en 1796 ou seulement en 179717.

17.… si l’École centrale a été ouverte en 1796 ou seulement en 1797.—L’École centrale de Grenoble, créée par le décret de la Convention du 7 ventôse an III, fut inaugurée le 11 frimaire an V (1er décembre 1796). Des prix furent décernés aux élèves le 30 fructidor an V (16 septembre 1797), le 10 germinal an VI (30 mars 1798), jour de la fête de la Jeunesse, le 30 fructidor an VI (16 septembre 1798) et le 17 brumaire an VII (7 novembre 1798).

On comptait alors par les années de la République, c’était l’an V ou l’an VI. Ce n’est que longtemps après, quand l’Empereur l’a bêtement voulu, que j’ai appris à connaître 1796, 1797. Je voyais les choses de près, alors18.

18.Je voyais les choses de près, alors.—Écriture. Le 1er janvier 1836, 26 pages. Toutes les plumes vont mal, il fait un froid de chien; au lieu de chercher à bien former mes lettres et de m’impatienter, io tiro avanti. M. Colomb me reproche dans chaque lettre d’écrire mal. (Note de Stendhal.)

L’Empereur commença alors à élever le trône des Bourbons, et fut secondé par la lâcheté sans bornes de M. de Laplace. Chose singulière, les poètes ont du cœur, les savants proprement dits sont serviles et lâches. Quelle n’a pas été la servilité et la bassesse vers le pouvoir de M. Cuvier! Elle faisait horreur même au sage Sutton Sharpe. Au Conseil d’Etat, M. le baron Cuvier était toujours de l’avis le plus lâche.

Lors de la création de l’ordre de la Réunion, j’étais dans le plus intime de la Cour; il vint pleurer, c’est le mot, pour l’avoir. Je rapporterai en son temps la réponse de l’Empereur. Arrivés par la lâcheté: Bacon, Laplace, Cuvier. M. Lagrange fut moins plat, ce me semble.

Sûrs de leur gloire par leurs écrits, ces Messieurs espèrent que le savant couvrira l’homme d’Etat: en affaires d’argent, comme on le sait, ils courent à l’utile. Le célèbre Legendre, géomètre de premier ordre, recevant la croix de la Légion d’honneur, l’attacha à son habit, se regarda à son miroir, et sauta de joie.

L’appartement était bas, sa tête heurta le plafond, il tomba, à moitié assommé. Digne mort c’eût été pour ce successeur d’Archimède!

Que de bassesses n’ont-ils pas faites à l’Académie des Sciences, de 1825 à 1830 et depuis, pour s’escamoter des croix! Cela est incroyable, j’en ai su le détail par MM. de Jussieu, Edwards, Milne-Edwards, et par le salon de M. le baron Gérard. J’ai oublié tant de saletés.

Un Maupeou19 est moins bas en ce qu’il dit ouvertement: «Je ferai tout ce qu’il faut pour avancer20.»

19.Un Maupeou …—Ms.: «Maudpw.»

20.—On lit à la fin du chapitre: «Le 1er janvier 1836, 29 pages. Je cesse, faute de lumière au ciel, à quatre heures trois quarts.»

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