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TROISIÈME PARTIE

LETTRE XXV.

Julie ou la Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau (1761)·Texte intégral, lettre 118 sur 162·Livre complet →

DE MILORD ÉDOUARD À L’AMANT DE JULIE

Puisque vous approuvez l’idée qui m’est venue, je ne veux pas tarder un moment à vous marquer que tout vient d’être conclu, et à vous expliquer de quoi il s’agit, selon la permission que j’en ai reçue en répondant de vous.

Vous savez qu’on vient d’armer à Plimouth une escadre de cinq vaisseaux de guerre, et qu’elle est prête à mettre à la voile. Celui qui doit la commander est M. George Anson, habile et vaillant officier, mon ancien ami. Elle est destinée pour la mer du Sud, où elle doit se rendre par le détroit de Le Maire, et en revenir par les Indes orientales. Ainsi vous voyez qu’il n’est pas question de moins que du tour du monde ; expédition qu’on estime devoir durer environ trois ans. J’aurais pu vous faire inscrire comme volontaire, mais, pour vous donner plus de considération dans l’équipage, j’y ai fait ajouter un titre, et vous êtes couché sur l’état en qualité d’ingénieur des troupes de débarquement : ce qui vous convient d’autant mieux que le génie étant votre première destination, je sais que vous l’avez appris des votre enfance.

Je compte retourner demain à Londres18, et vous présenter à M. Anson dans deux jours. En attendant, songez à votre équipage, et à vous pourvoir d’instruments et de livres ; car l’embarquement est prêt, et l’on n’attend plus que l’ordre du départ. Mon cher ami, j’espère que Dieu vous ramènera sain de corps et de cœur de ce long voyage, et qu’à votre retour nous nous rejoindrons pour ne nous séparer jamais.

18.Je n’entends pas trop bien ceci. Kensington n’étant qu’à un quart de lieue de Londres, les seigneurs qui vont à la cour n’y couchent pas ; cependant voilà Milord Édouard forcé d’y passer je ne sais combien de jours.